Forward Focus Novembre 2018

Forward Focus Novembre 2018

Conjoncture et marchés (achevé de rédiger le 05/12/2018)


MACRO

Au cours des dernières semaines, les termes du débat économique se sont nettement assombris. La perte de dynamique est généralisée et rapide. Le ralentissement chinois commence à prendre une ampleur comparable à celle de 2015, la croissance en Zone Euro n’en finit pas de hoqueter, et les Etats-Unis connaissent les premiers signes avant-coureurs d’un refroidissement cyclique.
Les conjoncturistes réévaluant les risques et les marges de manœuvre propres à chaque zone, tirent la conclusion qu’un ralentissement est inévitable, et une récession pas exclue.

Dopée à la dépense fiscale, moins profitable en raison de la hausse des salaires et des taux, l’économie américaine se prépare à atterrir, sans doute plus brutalement que si M. Trump avait mené une politique orthodoxe. Le sursaut de l’investissement au premier semestre ne s’avère qu’un feu de paille. Ces derniers mois, les entreprises américaines ont arrêté d’investir. Les entreprises ayant eu recours excessivement à l’effet de levier pendant la période d’argent gratuit, le simple retour des conditions financières d’accommodantes à neutres suffit à provoquer de premières bouffées de fièvre sur le marché du crédit. Entre dissipation de l’effet du stimulus budgétaire (-0,7 point de croissance) et poursuite du durcissement monétaire (-0,7 point), la croissance américaine devrait être divisée par 2 et converger vers 1,5% à fin 2019.
De son côté la Zone Euro pourra au mieux parvenir à une croissance de 1,5% l’année prochaine. Il est bien difficile d’évaluer la dynamique sous-jacente réelle de l’économie, qui n’a cessé de décevoir, sous l’impact de facteurs temporaires successifs (climat, épidémie de grippe au S1 puis perturbations sur le secteur automobile allemand lié au changement sur les règles d’émission). Si certains brouillards pourraient se dissiper (Brexit ?), d’autres sont en embuscade tels qu’une taxe de 25% sur les exportations automobiles vers les USA. Par ailleurs certains facteurs de vulnérabilité semblent voués à perdurer : panne du moteur exportateur allemand et italien en raison du ralentissement en Chine et dans les émergents, risque de basculement de l’Italie en récession suite au durcissement des conditions financières transalpines dans le cadre du bras de fer budgétaire avec Bruxelles, contraintes sur la poursuite de l’expansion domestique en raison de pénurie de main-d’oeuvre qualifiée.
La croissance instantanée en Chine est tombée en dessous de 5,5%. Les causes du ralentissement chinois sont principalement domestiques et résultent de la décision des autorités en 2017 d’essayer d’échapper à la spirale de la dette. A ce refroidissement accepté est venu s’ajouter l’impact non prévu de la guerre commerciale initiée par les Etats-Unis, qui commence seulement à révéler ses effets sur les exportations. Du coup, ces derniers mois, les autorités ont pris des mesures de soutien sous forme de dévaluation du Renminbi, d’assouplissement monétaire, et d’allègements d’impôt à compter de janvier prochain, dont les effets sont encore à venir. Une nouvelle escalade de la guerre commerciale (reportée à avril suite à la trêve négociée en marge du sommet du G20 le premier décembre) obligera sans doute les autorités à utiliser la grosse ficelle des dépenses d’infrastructure, mais avec parcimonie, étant donné que le recours à cette solution dans le passé est directement responsable du surendettement actuel. C’est pourquoi, dans le meilleur des cas, un retour fin 2019 vers une croissance de 6,5% est envisagée mais qu’un ralentissement à 5,5% n’est plus à exclure.
Récession économique ou pas, les investisseurs doivent se préparer à une poursuite du repli des actifs risqués. Combiné avec une surévaluation des actifs suite à une décade d’argent gratuit et un durcissement monétaire toujours d’actualité, un ralentissement économique est suffisant pour continuer de dicter un ajustement baissier des marchés. Nous sommes entrés dans la phase de diffusion de la baisse, où les interactions négatives entre la sphère financière et la sphère économique ne vont que s’amplifier. Cette purge va se dérouler un bon moment avant que les banques centrales ne viennent à la rescousse.


INFLATION & BANQUES CENTRALES

Le ralentissement économique commence à se matérialiser mais est encore loin d’être suffisant pour que les banques centrales renoncent à leur programme de démantèlement graduel des soutiens monétaires extraordinaires mis en place suite à 2008 et 2011.
D’une certaine façon, après une période d’expansion économique et de marchés haussiers (en Allemagne et aux USA) particulièrement longue, les banques centrales semblent accepter que la normalisation des politiques monétaires, aussi prudente soit-elle, puisse s’accompagner d’un ralentissement économique et déclencher une baisse du prix des actifs. Comme l’a confié Jay Powell, « les cycles économiques ne durent pas éternellement ». Il serait vain et dangereux de retarder ce moment, car ce serait accepter d’inflater encore davantage la bulle des actifs et encourager les comportements d’endettement irresponsables. Ces derniers mois, les rapports du FMI, de l’OCDE et de tout ce que les marchés comptent de stratèges avisés sont unanimes pour dénoncer les risques accumulés sur le marché du crédit risqué. Au mois de novembre, le président de la Réserve Fédérale est allé jusqu’à s’inquiéter publiquement du prix élevé de la dette risquée (et de l’immobilier commercial). Une correction semble donc inévitable sur les obligations privées émises par les entreprises. Or une correction du prix du crédit, augmentant les coûts de financement des entreprises, entrainera une baisse du marché boursier dans son sillage.
La Réserve Fédérale s’apprête à opérer un 9ème resserrement monétaire en décembre, portant le taux directeur à 2,25% / 2,50% et continue d’alléger son bilan à un rythme soutenu en cédant sur le marché pour 50 Milliards de Bons du Trésor tous les mois. Les minutes publiées le 30 novembre montrent aussi que les membres du FOMC se prononcent à l’unanimité pour une poursuite du resserrement si la croissance américaine reste sur les rails. La Réserve Fédérale a néanmoins rassuré les marchés en adoucissant sa posture concernant la suite du resserrement monétaire, esquissant la possibilité d’une pause, quelque part en 2019. Jay Powell estime désormais que les taux directeurs sont « juste en-dessous » du taux neutre alors qu’en octobre il avait créé des remous en estimant que les taux directeurs étant « encore loin » du niveau neutre. Pour mémoire, le niveau estimé neutre pour l’économie est contenu dans une fourchette allant de 2,5% à 3,5% selon les estimations variées des membres du FOMC, et la médiane se situe à 2,9%. Richard Clarida, le vice-président de la Fed, a enfoncé le clou en déclarant qu’étant donnée la phase où se situe l’économie et les projections de la Fed, cela fait sens de positionner le taux directeur au niveau neutre, alors que le mois précédent les propos de Powell tendaient à faire accroire que le point d’atterrissage du cycle de hausse pourrait se situer dans la zone restrictive. Il est vrai qu’avec une inflation qui s’assagit (Core PCE se repliant à 1,8% en octobre) et une conjoncture économique extérieure qui se dégrade rapidement, la Réserve Fédérale pourra facilement justifier d’espacer davantage ses resserrements monétaires en 2019, prenant plus de temps pour évaluer l’impact (toujours différé) des hausses précédentes.
De son côté, la BCE a de nouveau clairement confirmé qu’elle cesserait les achats d’actifs à son bilan à la fin de cette année, se contentant de renouveler les obligations venant à échéance pour maintenir son bilan au niveau actuel. En revanche, les vulnérabilités de la conjoncture en Zone Euro sont suffisamment apparentes pour que le calendrier du premier resserrement monétaire soit laissé totalement dans le flou (le marché ne l’envisage plus avant fin 2020). Mario Draghi maintient ainsi une forte dose de soutien monétaire à travers des taux réels qui n’ont jamais été aussi négatifs. C’est sur ce facteur de stimulus monétaire qu’il semble tabler en maintenant contre vents et marées un pronostic optimiste sur la croissance de la zone euro. Il voit l’expansion économique en Zone euro se raffermir après les trous d’air successifs de cette année et se prolonger encore deux ans à trois ans, tout en concédant certains freins qui limitent le degré d’expansion (offre de travail). Précisément en raison de la pénurie de main-d’oeuvre, il voit les hausses des salaires s’accentuer au cours de la période à venir, ce qui fait qu’il voit l’inflation sous-jacente converger graduellement vers le niveau proche mais inférieur à 2% qui est la cible de la Banque Centrale (pour le moment l’inflation sous-jacente ne parvient pas à s’extirper du niveau de 1%).
La BCE a toujours eu à coeur d’éviter une trop grande divergence des conditions monétaires au sein des pays de la Zone Euro. Or, en Italie, l’envolée des taux souverains s’est répercutée sur le système bancaire. Cela s’est traduit par un choc financier pour les entreprises italiennes, qui empruntent à 3,5% contre 1,5% avant l’arrivée au pouvoir de la coalition populiste, et ont plus de mal à obtenir des crédits. C’est pourquoi depuis plusieurs mois, on prête à la BCE l’intention de réactiver les TLTRO, prêts à long terme à des conditions avantageuses consenties à toutes les banques de la zone euro. Une décision délicate, qui doit balancer entre la volonté de laisser les marchés « discipliner » l’Italie pour remettre son gouvernement sur le droit chemin budgétaire, et éviter des dégâts économiques irréparables.
La Banque du Japon a émis le message le plus explicite qu’elle ait prononcé à ce jour, pour faire comprendre que le temps du soutien monétaire maximal était passé. Son gouverneur M. Kuroda a déclaré le 6 novembre que « le Japon n’est plus dans une phase où le déploiement d’une politique de soutien monétaire à grande échelle pour vaincre la déflation est jugé comme la politique la plus appropriée ». Cela étant, bien que la BOJ ait réduit de moitié, dans les faits, le rythme des achats d’actifs à son bilan (QE), le dispositif global reste accommodant (taux directeurs négatifs de 0,3% alors que l’inflation sous-jacente a progressé à 0,4%, et que l’inflation totale est de 1,4%, au plus haut depuis début 2015). Il en sera ainsi au moins jusqu’au premier semestre 2019, le temps d’observer les effets sur la consommation de la 2e hausse de TVA programmée pour avril prochain.
Parmi les autres banques centrales des pays développés, le Canada, la Corée du Sud ont resserré leur politique monétaire ce mois-ci. La Banque Centrale du Canada a remonté les taux à 1,75% et déclare vouloir continuer dans cette direction vers un taux neutre qu’elle estime à 3%.
Le contexte de restriction de la liquidité mondiale, siphonnée par la hausse des taux américains et l’expansion du déficit budgétaire US, continue d’obliger les banques centrales émergentes à adopter une politique monétaire plus restrictive afin d’éviter une trop grande dépréciation de leur devise. Pas moins de 4 grandes banques centrales émergentes ont resserré leur politique monétaire en novembre : Afrique du Sud, Mexique, Indonésie et Philippines.


MARCHES

Marché des obligations souveraines

Reflux des rendements à long terme sous la barrière des 3% sur le marché obligataire américain qui, cessant de se focaliser sur les créations d’emplois et l’accélération des salaires, qui sont des indicateurs retardés, change son fusil d’épaule et se prépare à un prochain retournement du cycle américain dont il entrevoit les prémices à travers la panne de l’investissement des entreprises et la chute prononcée des marchés boursiers qui s’est poursuivie pendant l’essentiel du mois de novembre. Dans ce contexte, et avant même qu’en fin de mois les propos dovish de la Fed ne viennent accélérer le mouvement de détente, les taux 10 ans américains qui avaient commencé le mois sur un plus haut annuel de 3,23% se sont repliés en bon ordre vers les 3%. A ces niveaux, les taux dix ans américains restent tout de même assez généreux puisqu’ils sont au plus haut de 9 ans et offrent des rendements réels de 1%. Les enchères de Treasury Bonds à 10 ans à 3,21% le 7 novembre ont rencontré une forte demande, beaucoup d’investisseurs estimant, à l’instar de JP Morgan, que les rendements attendus ajustés du risque de l’obligataire souverain US, dépassent désormais significativement ceux des actions américaines de grande capitalisation. Parallèlement, le rendement du T bond 2 ans qui n’a cessé de grimper en 2018, a terminé le mois sur un rare recul de 5 centimes le portant à 2,82%, signe que les opérateurs commencent à entrevoir la possibilité d’une pause dans le resserrement au cours de l’année 2019. Le fait que le marché obligataire américain se prépare à un retournement baissier du cycle économique s’observe également à travers les anticipations d’inflation : l’inflation anticipée à horizon 10 ans tombe en dessous de 2%, son niveau le plus bas de 2018.
Dans un environnement de dégradation rapide de la conjoncture mondiale et européenne et de nervosité croissante sur les actifs risqués, les investisseurs ont également recherché les obligations souveraines de la zone euro, qui ont répliqué le mouvement de détente des taux américains. Le taux 10 ans allemand reflue de 8 centimes à 0,28%, portant le rendement à son plus bas niveau depuis mi-2017. Dans ce contexte, l’indice composite représentatif des obligations souveraines de la zone euro, l’EuroMTS 7/10 ans, s’apprécie de 0,80% sur le mois et revient légèrement dans le vert depuis le début de l’année (+0,39%). L’indice EuroMTS 3/5 ans connaît une détente encore plus prononcée de 12, 5 centimes grâce à un regain d’appétit pour les obligations italiennes (-29 centimes) et réalise une performance de 0,51% sur le mois tout en restant dans le rouge depuis le début de l’année.
Après des semaines d’invectives et de provocations, le gouvernement italien a fait un geste sur son budget pour amadouer la Commission Européenne. Même si ce revirement est purement tactique, les marchés en ont conclu qu’il n’y aurait pas de nouvelle escalade entre Rome et Bruxelles d’ici les élections européennes. Cela a suffi pour déclencher une détente significative des 10 taux italiens qui repassent en dessous de 3% fin novembre alors qu’ils évoluaient entre 3,30% et 3,60% depuis début octobre. Dans le détail, les deux leaders de la coalition ont accepté de redimensionner l’anti-réforme des retraites et de reporter à juin 2019 (après les élections européennes) l’adoption du revenu de citoyenneté. Ces deux gestes sont censés limiter le déficit budgétaire à 2,2% contre 2,4% du PIB. Il semble surtout qu’après l’échec des enchères publiques de BTP, Matteo Salvini et Luigi di Maio aient réalisé que les ménages italiens ne se substitueront pas aux investisseurs internationaux pour financer les colossaux besoins de refinancements italiens (250 Milliards en 2019). Depuis juin, les étrangers ont fui la péninsule et vendu pour 69 Milliards d’obligations. Entre la flambée des taux italiens, la raréfaction du crédit aux entreprises et l’activité économique à l’arrêt depuis l’été, les populistes cherchent à limiter les dégâts pour préserver leur capital politique d’ici les élections européennes.

Marché des obligations privées

La dégradation rapide de l’environnement économique et les premiers signes d’un retournement cyclique aux USA ont donné le signal du début d’un vrai marché baissier sur les marchés du crédit. La panique est en train de gagner du terrain chez les investisseurs qui essayent de sortir des émetteurs BBB avant qu’ils ne soient dégradés dans la catégorie spéculative suite au retournement cyclique. Ceci est évidemment de mauvais augure pour le marché actions, étroitement corrélé au marché du crédit.

La décollecte sur les fonds crédit accélère. Ce n’est probablement que le début du mouvement alors que les obligations spéculatives et BBB sont clairement identifiées comme le maillon le plus faible du cycle finissant, où les excès se sont accumulés.
L’indice représentatif des obligations Zone Euro de bonne qualité (Barclays Euro Aggregate corporate) recule de 0,82% sur le mois et de 1,46% sur l’année. La tension sur les spreads des obligations notées BBB, rampante depuis le début de l’année, a pris une tournure plus rapide au mois de novembre (+ 30 centimes sur le mois, aussi bien aux USA qu’en Zone Euro). Le niveau de prime de risque atteint de 150 points de base reste cependant inférieur à la moyenne historique qui prévalait avant la mise en place des programmes d’achats quantitatifs par les banques centrales (QE). La descente aux enfers de l’obligation du géant General Electric, dont la capacité de remboursement est remise en question, a contribué au climat de grande nervosité.
Les obligations spéculatives de la zone euro, dont la performance surnageait plus ou moins autour de 0% depuis le début de l’année, ont chuté de 2,86% en Novembre, ce qui fait basculer la performance 2018 en négatif (-2,55%). Les primes de risque se sont tendus de 50 centimes sur le mois, portant le spread de la catégorie BB à 350 points de base fin novembre contre 200 points de base en début d’année.
Le secteur bancaire européen subit lui aussi un durcissement non négligeable de ses conditions de financement, qui alimente les rumeurs de TLTRO pour y remédier. Pour une banque typiquement notée A, le spread acquitté sur ses émissions seniors à 5/7 ans a plus que doublé depuis le début de l’année, à 97 centimes. La situation italienne est infiniment plus préoccupante. Suite à la confrontation budgétaire entre Rome et Bruxelles, les banques transalpines n’ont pratiquement plus accès aux financements sur le marché. Pour boucler son programme de financement, le champion bancaire italien Unicrédit a émis une obligation « Senior non secured » au taux de 7,83%, alors qu’en janvier 2018 la banque avait pu émette le même type d’obligation en offrant un rendement limité à 1%.
Les observateurs scrutent l’évolution du marché du crédit en Chine, où une accélération de la hausse des défauts est redoutée. Les promoteurs immobiliers sont en difficulté pour refinancer leur dette alors que le marché immobilier s’est retourné. Evergrande, qui doit refinancer 44 Milliards de dollars sur son stock de dette de 100 Milliards dans les 6 prochains mois, n’a pas trouvé preneur pour son émission pourtant assortie d’un taux de 13,75%, bien supérieur à celui offert en 2017 (8%).

Marchés des Actions

Après un octobre noir qui vu les bourses mondiales dégringoler de 6,9%, les bourses restent fébriles en Novembre. Rongés par le retournement des anticipations sur le cycle américain et les craquements sur le marché du crédit, les grands indices ont eu un parcours en dents de scie au cours duquel ils ont revisité les plus bas d’octobre.

Malgré le soulagement apporté en fin de période par le ton plus conciliant de la Fed et un espoir de trêve commerciale au G20, le rebond du MSCI Monde reste limité à 1% sur le mois et s’inscrit en léger repli (-1,3%) depuis le début de l’année.
Même si le SP500 finit le mois en hausse de 1,8% grâce à un rétablissement de dernière minute lié à la Fed, Wall Street accuse le coup. Au cours du mois, les fleurons technologiques (FAANGS) sont passés en bear market (chute de plus de 20% par rapport au pic) et ont franchi à la baisse leur moyenne mobile à 200 jours, perdant ainsi un support technique. L’action Apple a été particulièrement secouée en raison de la baisse des ventes de smartphones dans un marché saturé, mais le marché est plus globalement en train de remettre en cause la trajectoire de croissance des profits des valeurs technologiques dans un monde plus régulé et plus fragmenté.
Fait nouveau, même sur le marché américain qui était le seul à donner encore des signes de vitalité jusqu’à une période récente, le comportement des investisseurs a changé. Les investisseurs ne profitent plus des baisses pour acheter, mais ont plutôt tendance à alléger leur position sur rebond, une option d’autant plus facile qu’avec la hausse des taux pilotée par la Fed, ils ont désormais une alternative rémunératrice en se repliant sur les obligations américaines à court et moyen terme.
Les actions européennes reculent de 1% sur le mois, après leur chute de 6% le mois précédent. Depuis le début de l’année, les indices représentatifs des grandes capitalisations de la Zone Euro et de l’Europe sont respectivement en baisse de 8% et 9,4%, hors dividendes. Au mois de novembre, les secteurs qui accusent le plus le coup sont les pétrolières tirées vers le bas par le plongeon du pétrole, et les secteurs cycliques notamment le secteur automobile affecté par la saturation du marché chinois. Les secteurs défensifs (télécom, services aux collectivités, alimentaire, santé…) sont entourés et surperforment, comme le mois précédent.
L’indice des actions émergentes superforme les autres bourses pour le 2ème mois consécutif. Sa hausse de 2,9% sur le mois (- 9,74% sur l’année), salue l’espoir d’une détente des conditions de financement, sur fonds de chute du pétrole et de perspective d’une pause prochaine dans le resserrement monétaire américain.

Marchés des Devises

Les grandes devises sont restées assez stables entre elles ce mois-ci, même si cette apparente stabilité est la résultante de tendances contradictoires qui se neutralisent. La question qui sera tranchée au cours des mois à venir c’est si la perspective d’une pause dans le resserrement monétaire américain entrouvre la porte à une stabilisation /dépréciation du dollar. Dans l’intervalle, le seul mouvement vraiment notable du mois de novembre a été le rebond partiel des devises des pays émergents à déficit courant important, soulagées par la chute du pétrole.

L’EUR/USD stable autour de 1,13 d’une fin de mois à l’autre, est en réalité passé par deux phases. Dans un premier temps les provocations italiennes et les publications économiques franchement mauvaises de la Zone Euro ont fait reculer la monnaie unique à 1.1240, son plus bas niveau depuis 17 mois. Puis ce fut au tour du billet vert de battre en retraite, sur fonds de nuages sur la conjoncture US (investissement) et de ton plus conciliant de la Réserve Fédérale.
En définitive calé autour de 0,89 depuis mi-2017, l’EUR/GBP est resté stable. Après 20 mois de négociation le Royaume Uni et l’Union Européenne sont parvenus à un accord de « Brexit doux » qui maintient Londres dans le giron de l’UE pendant des années sur le plan douanier et règlementaire, tout en permettant au Royaume Uni de reprendre complètement la main sur les flux migratoires. L’opinion publique britannique est confrontée pour la première fois de façon concrète au rapport coût/bénéfice du Brexit, qui se révèle, sans surprise, peu flatteur. La concession liée à la frontière Irlandaise suscite de gros remous sur la scène politique britannique. Le Royaume-Uni ne pourra sortir de l’Union Douanière que si le sort de la frontière irlandaise obtient l’approbation des 27 pays membres. Du coup, pour les cambistes, trois scénarios restent ouverts : accord, pas d’accord, pas de Brexit, la moyenne équipondérée entre les 3 scénarios conduisant au statu quo sur la parité de la devise. En cas de validation par le Parlement de Westminster de l’accord négocié par Theresa May, la Livre Sterling a un potentiel d’appréciation, et en cas d’absence d’accord, une dépréciation est à attendre.
Le Renminbi chinois a fait une pause dans sa tendance à la dépréciation. Les premiers signes avant- coureurs d’un atterrissage de l’économie américaine poussent le marché à se demander jusqu’à quel point le Président Trump aura les moyens de maintenir le bras de fer dans les négociations avec la Chine. Le Renminbi a été stable en Novembre, à un cheveu des 7 RMB pour un dollar. Il est en baisse de 10% depuis le déclenchement des hostilités commerciales au printemps dernier.
Le Yen a été relativement stable et n’a pas tiré profit de son rôle de valeur refuge malgré le lourd climat d’aversion au risque qui a prédominé en Novembre, dans le droit fil d’octobre. D’après certaines analyses, cela serait lié au fait que les ménages japonais « coiffent » toute tentative d’appréciation du Yen en les exploitant pour dénouer des couvertures de change précédemment mises en place sur les US Treasury Bonds. Ces couvertures de change sont devenues fort coûteuses avec la hausse des taux courts américains, et leur débouclement se traduit par des achats de dollar et des ventes de Yen.
La Lire Turque, la Roupie Indonésienne, la Roupie Indienne, le Rand Sud-africain, se sont appréciées en moyenne de 6% sur le mois vis-à-vis du billet vert et amplifient donc le mouvement de stabilisation esquissé le mois précédent, après les sorties de capitaux qui leur ont fait perdre beaucoup de terrain cette année. Ces devises ont en commun d’entretenir des déficits courants importants, or la chute du pétrole leur donne des espoirs d’alléger la facture pétrolière, et la perspective de pause dans le resserrement monétaire américain pourrait stopper le durcissement de leurs conditions d’emprunts externes.

Marchés des Matières Premières

Pétrole

Un concours particulier de circonstances a entrainé une dislocation du marché pétrolier en Novembre.

L’or noir a connu son pire mois depuis une décade et les baisses quotidiennes de 6%/7% ont été monnaie courante. Le cours du Brent a perdu un tiers de sa valeur par rapport à son pic de 4 ans et demi début octobre, et finit le mois de novembre en dessous de 60 dollars le baril. S’agit-il d’une nouvelle tendance en lien avec le ralentissement économique général, ou bien est-ce le fruit d’un déséquilibre momentané du marché, qui sera rapidement résorbé ? En effet le décrochage du pétrole semble devoir beaucoup à une volte-face de l’administration américaine. Tout en ayant exercé en amont une lourde pression diplomatique sur les Saoudiens pour qu’ils ouvrent les vannes, Washington a accordé à la dernière minute pas moins de 9 dérogations relativement à son embargo sur le pétrole iranien. Résultat, le marché pétrolier a basculé en quelques semaines d’une situation d’offre légèrement déficitaire à une situation d’offre excédentaire.
Théoriquement, cela ne devrait pas durer. Au sommet de l’OPEP du 11 décembre, l’Arabie Saoudite et la Russie, qui rappelons-le, avaient en juin renoncé aux coupes de production initiées 18 mois plus tôt parce qu’elles avaient porté leur fruit, devraient s’entendre pour recalibrer leur production et défendre le niveau de 70 dollars le baril qui leur convient à tous les deux. Le niveau de 70 dollars le baril est un niveau qui s’est révélé être idéal pour ces deux producteurs clés car étant élevé sans être trop favorable à la hausse de la production de pétrole de schiste américain.

Métaux industriels

Ayant décroché de 15% pendant la première partie de l’année, l’indice LME représentatif d’un panier de métaux industriels s’est stabilisé depuis le mois d’aout et continue d’évoluer en novembre autour de ces niveaux. Malgré le ralentissement économique, il semblerait que le marché ait trouvé un équilibre en raison de la discipline sur l’offre dont font preuve les sidérurgistes chinois (diminution des surcapacités) et les entreprises minières internationales.

 

Par Nawal Robinet, Martin Baer et Grégori Masse.