Forward Focus Mars 2019

09/04/2019 - Pôle Recherche

Forward Focus Mars 2019

Rythme de l’activité économique


Les marchés en Mars 2019

L’ouverture croissante des vannes du crédit depuis 9 mois en Chine commence à produire des résultats. Un plancher à la dégradation de l’activité s’esquisse. L’activité manufacturière a cessé de se contracter. Les PME mieux alimentées en crédit par les canaux officiels, ainsi que la stabilisation de la consommation des ménages, ont participé au redressement de l’activité dans les services. Comme de plus, un arrangement commercial avec les Etats-Unis semble en passe d’être trouvé, il n’est pas interdit de penser qu’un modeste rebond de l’activité puisse intervenir au second semestre. Dans ces conditions, l’objectif officiel d’une croissance de 6-6,5% pour 2019 annoncée par le Premier Ministre Li Keqiang parait atteignable (après +6,6% en 2018, plus bas depuis 30 ans).

Les contours d’un accord commercial sino-américain ont été trouvés, la finalisation de l’accord ne bute plus que sur les modalités de mise en place. Pékin souhaite la suppression immédiate des taxes douanières imposées par les Etats-Unis aux marchandises chinoises, alors que Washington exige de ne les lever qu’au fur et à mesure que la Chine respecte ses engagements.

Même si elle constituerait une excellente nouvelle sur le plan économique, la signature de l’accord commercial sino-américain ne signifie pas un apaisement du climat géopolitique. Libérée de l’aspect strictement économique, la rivalité entre les deux grands pourrait même s’intensifier dans les autres domaines. Par ailleurs, les observateurs s’attendent à ce que la Maison Blanche concentre ses attaques commerciales sur l’Europe et le Japon. Enfin, des taxes sur le secteur automobile au sein de l’Alena pourraient être imposées par Donald Trump pour obliger le congrès US à majorité démocrate à ratifier l’Alena 2 conclu en décembre dernier.

Aux Etats-Unis, le T1 qui avait mal démarré comme dans le reste du monde s’achève sur une note plus encourageante. Entre début mars et fin mars, les prédictions de croissance pour le PIB au T1 sont passées de +0,5% annualisé à +2% annualisé (Nowcast Fed Atlanta). L’activité manufacturière se redresse en mars après son plus bas de 2 ans le mois précédent (55,3 contre 54,2) succédant à un mois de janvier affecté par le « shutdown » de l’administration fédérale. De son côté, l’activité dans les services a rebondi fortement en février avec une flambée des nouvelles commandes. Par ailleurs, on constate un léger mieux dans l’activité immobilière et la construction résidentielle grâce à la baisse significative des taux hypothécaires permise par le revirement accommodant de la Fed depuis janvier.

En Zone Euro, la poursuite de la contraction de l’activité manufacturière inquiète. La publication d’un PMI à 45 en Allemagne, jamais vu depuis 2012, fut un choc. Le secteur industriel européen est soumis à rude épreuve par le déclin des ventes d’automobiles en Chine, le spectre de taxes douanières américaines sur les voitures agité par Donald Trump, et les incertitudes du Brexit. Mais heureusement, certains facteurs négatifs spécifiques sont derrière nous et l’indice IFO sur le climat des affaires en Allemagne amorce un redressement en mars, porté par une amélioration des anticipations. Par ailleurs, l’activité des services rebondit fortement en février. Conformément aux attentes, malgré le ralentissement économique, la consommation des ménages reste soutenue par les créations d’emploi et par la hausse des salaires qui se maintiennent pour le 2e trimestre consécutif au plus haut d’une décade. La Zone Euro s’est montrée particulièrement vulnérable au ralentissement chinois et au protectionnisme américain. Cependant, la tenue correcte de la demande domestique soutenue par une politique budgétaire légèrement plus expansionniste dans de nombreux pays et une politique monétaire très accommodante devrait permettre d’assurer une croissance minimum de l’ordre de 1% annualisé.

Le dépassement de la date butoir du 31 mars n’a pas apporté de clarification sur le Brexit. Après avoir rejeté à 3 reprises l’accord négocié par le Premier Ministre, le Parlement britannique n’a pas réussi à trouver une majorité pour adopter une des 4 solutions alternatives. Cependant le processus parlementaire a permis de dégager la solution de l’union douanière comme la plus consensuelle (3 voix ont manqué). L’UE a concédé une extension jusqu’au 30 juin à condition que la Grande-Bretagne participe aux élections européennes et surtout d’un changement politique (organisation d’un referendum ou nouvelles élections générales au Royaume-Uni).

Au Japon comme en Zone Euro, la croissance devrait être proche de zéro au premier trimestre. Cependant, une demande intérieure relativement immunisée contre les troubles du commerce international permet de maintenir les perspectives d’une croissance de l’ordre de 0,7% sur l’ensemble de 2019. Le contraste est frappant entre le climat des affaires des grandes entreprises exportatrices, au plus bas depuis 2 ans, et la bonne orientation du secteur des services, tourné vers le marché intérieur, au plus haut depuis 2 ans. La demande des ménages nippons s’affirme grâce à un marché de l’emploi hyper tendu et des hausses de salaires de plus en plus présentes. Par ailleurs, la tendance sur le secteur manufacturier est moins mauvaise en fin de trimestre : les exportations reculent moins, la contraction du secteur manufacturier s’atténue.


Banques Centrales

Symptôme du ralentissement mondial, l’inflation des pays développés qui semblait, il y a quelques mois à peine, bien partie pour converger vers la cible des banques centrales, s’alanguit partout dans le monde et s’éloigne à nouveau de la fameuse cible. Aux Etats-Unis, l’inflation totale retombe à 1,5% au plus bas depuis 2 ans et demi et le Core PCE, mesure privilégiée par la Fed, repasse à 1,8% en février après 2% en janvier. En Zone Euro, l’inflation sous-jacente à +0,8% retombe à son plus bas depuis mars 2017 et l’inflation totale passe de 1,5% à 1,4%. Au Japon, l’inflation reste très hésitante. Certes, l’intensité de la pénurie de personnel se traduit par les hausses de salaires et de prix de biens de grande consommation les plus consistants depuis 25 ans, mais d’un autre côté, les accords de libre- échange conclus par le Japon avec l’Europe et le TIPP font baisser le prix de certains produits importés. La mesure préférée de la Banque du Japon, l’inflation hors produits frais, décélère à +0,7% contre +0,8% le mois précédent, l’inflation totale est à +0,2% et l’inflation sous-jacente à +0,4%.

Afin de tenter de prolonger le cycle d’une croissance anémique, fragilisée de surcroît par des incertitudes politiques et géopolitiques inédites qui l’ont poussée en récession au T4, les banques centrales renoncent à tout durcissement monétaire supplémentaire (Etats-Unis, Canada) ou s’apprêtent à réinjecter une dose d’accommodation dans la politique monétaire (BCE, Australie, Nouvelle-Zélande). La BCE comme la Réserve Fédérale se sont montrées plus inquiètes et plus accommodantes que prévu. Cela a fait baisser l’Euro et les taux longs mondiaux.

La réunion du 7 mars fut l’occasion pour la Banque Centrale Européenne d’opérer des révisions drastiques à la baisse sur les perspectives de croissance de la Zone Euro. En 2019, la croissance se limiterait à 1,1% (contre 1,7%) et l’inflation se limiterait à 1,2% alors que la banque centrale l’estimait à 1,6% il y a quelques mois. La convergence de l’inflation vers la cible serait retardée puisqu’en 2021 la hausse des prix serait encore limitée à 1,6% (contre 1,8% estimé précédemment).

Pointant l’ « incertitude généralisée » liée au protectionnisme, aux tensions géopolitiques et politiques (Brexit), à la vulnérabilité des pays émergents (Chine), Mario Draghi fait mine de découvrir que le ralentissement de la Zone Euro est plus sérieux qu’il ne voulait l’admettre jusqu’ici. L’arrêt de l’assouplissement quantitatif (QE) en décembre, convenu de longue date et imposé par les pays du Nord, apparait d’ores et déjà comme prématuré. Mario Draghi a d’ailleurs tenté d’atténuer la portée de la fin du QE en assurant que la BCE maintiendrait «intégralement » l’encours des obligations qu’elle porte à son bilan, jusqu’à « longtemps » après la première hausse des taux. Or, il est de plus en plus vraisemblable que la BCE n’aura jamais l’occasion de remonter ses taux négatifs vers zéro au cours de ce cycle … Pour tenter d’augmenter la résilience de la zone euro dans des circonstances difficiles, les membres du conseil de la BCE ont décidé à l’unanimité de réactiver les TLRTO à compter de septembre et d’ajourner tout resserrement monétaire pour 2019 (contre « pas avant l’été 2019 » auparavant). Les TLTRO permettront de financer les banques sur des maturités de 2 ans tous les trimestres à un taux très bas. C’est un moyen pour la BCE de s’assurer que les pays du Sud ne soient pas en proie au « credit crunch » et soient en mesure de continuer à financer les agents économiques à un taux bon marché.

Lors de sa réunion du 21 mars, la Réserve Fédérale américaine a poursuivi son rétropédalage amorcé en janvier pour ajuster la politique monétaire à la fragilité de l’environnement international. Son ton sur les perspectives économiques américaines devient hésitant voire inquiet et la Banque Centrale souligne les tendances moins flatteuses de l’investissement et de la consommation domestique. Elle se montre encore plus pressée que prévu de mettre fin à la réduction de son bilan, qui décélérera à compter de mai et sera complètement stoppé dès septembre 2019. En ce qui concerne les taux directeurs, la « pause » annoncée le mois précédent se transforme ce mois-ci en un ajournement complet pour 2019. Les marchés ont même commencé à croire à une baisse des taux directeurs dès cette année, scénario auquel ils attribuent une probabilité de 40%.

La Banque du Japon maintient sa politique monétaire ultra accommodante.

Canada, Australie et Nouvelle-Zélande redoutent un impact durable du ralentissement chinois. La Banque du Canada fait machine arrière et renonce à tout durcissement monétaire cette année (son taux directeur est à 1,75 et elle l’a déjà relevé plusieurs fois l’année dernière). Emboîtant le pas à l’Australie en février, la Nouvelle-Zélande annonce en mars que son prochain mouvement pourrait être une baisse des taux (son taux est actuellement à 1,75).

Dans les pays émergents, l’inflation est tombée à un plus bas depuis 10 ans à 3,20% en moyenne selon une certaine mesure compilée (hors Argentine et Venezuela). Cela représente un changement de tendance considérable quand on songe qu’en octobre 2018, l’inflation pour ce même groupe se trouvait à son point culminant depuis 3 ans. Le ton accommodant de la Réserve Fédérale devrait en théorie permettre à un grand nombre de banques centrales d’assouplir leur politique monétaire cette année, et tout au moins de démanteler les tours de vis monétaires qu’elles ont été contraintes d’opérer l’année dernière sous la pression d’un dollar fort et de fuites de capitaux. Cependant, depuis le début de l’année seule l’Inde, parmi les grands pays, a franchi le pas et assoupli sa politique monétaire. Des baisses de taux directeurs en Inde, en Indonésie, au Mexique, au Brésil, sont attendues.


Marchés


Marché des obligations souveraines

Le ton inquiet de la Réserve Fédérale sur les perspectives économiques et la célérité avec laquelle elle renonce au resserrement quantitatif, combiné avec le PMI allemand choc publié le lendemain, a entraîné une nouvelle vague de détente des taux longs mondiaux. En effet le ton pessimiste de la Réserve Fédérale a fait penser au marché que l’on s’approchait du moment où la Banque Centrale américaine allait inverser complètement la vapeur et baisser ses taux directeurs. Quant aux banques centrales qui sont déjà en taux négatifs comme en Zone Euro et au Japon, la dégradation de l’environnement économique ne leur laisserait pas d’autre choix que de maintenir ces taux négatifs à horizon indéterminé. Dans toutes les régions du monde les investisseurs se sont donc précipités pour acquérir des obligations et bénéficier de la très modeste « prime de terme » qui subsiste encore (prime de terme = supplément de rendement offert sur les taux longs par rapport aux taux courts).

Le mois de mars a vu la courbe des taux américaine s’inverser (écart 10 ans/3 mois), les taux américains 10 revenir en dessous de 2,40% c’est-à-dire effacer la totalité de leurs gains de 2018, et les taux allemands repasser en territoire négatif, à un cheveu de leur plancher historique atteint en 2016. Par conséquent, le stock des obligations mondiales en rendement négatif remonte au¬-dessus du seuil des 10 000 Milliards de dollars pour la première fois depuis septembre 2017. Ce chiffre était à 6 Milliards en septembre 2018.

La baisse des taux a été généralisée en Zone euro et a même concerné de mauvais élèves comme l’Italie dont le ratio dette/PIB va recommencer à augmenter dès l’année prochaine. Les possibilités de baisser davantage les taux directeurs étant considérées comme inexistantes, la détente des taux d’intérêts est d’autant plus ample que les maturités sont longues (grignotage de la prime de terme). L’EuroMTS 3/5 ans voit son taux se détendre de 15 centimes et passer en négatif (-0,02%), et délivre une performance de 0,53% sur le mois de mars, la portant à 0,71% en 2019. L’EuroMTS 7/10 ans s’envole de 1,80% sur le mois et réalise une plantureuse performance de 3,03% sur le premier trimestre 2019. Son rendement à maturité est de 0,59% et il s’est détendu de 21 centimes au cours du mois de mars.

Les obligations souveraines émergentes libellées en monnaie forte ont continué d’être portées par l’effet portage élevé dans un contexte de détente des taux de référence dans les pays développés. Pour un investisseur dont la monnaie de référence est l’euro, la performance des obligations souveraines libellées en monnaie forte est de 2,53% sur le mois et de 8,08% sur l’année. La performance des obligations souveraines libellées en monnaie locale fait en revanche du surplace pour le 2e mois consécutif en raison de l’effritement de la valeur des devises émergentes. La performance de cette catégorie est limitée à 0,07% sur mars et la performance de 4,78% depuis le début de l’année a été fabriquée essentiellement sur le mois de janvier.

A noter que, dans le cadre de l’internationalisation du marché de capitaux chinois poursuivie méthodiquement par Pékin, les obligations souveraines et parapubliques chinoises vont être incluses par étapes dans le Bloomberg Barclays Global Aggregate Index. D’ici 20 mois leur proportion dans cet indice va se situer à 6% ce qui devrait attirer 2 000 Milliards de dollars d’investissements potentiels de la part des investisseurs internationaux.

Marché des obligations privées

Les marchés du crédit continuent d’engranger des gains en mars. Ces gains sont naturellement surtout liés à l’effet flatteur de la duration (baisse des taux souverains de référence), quant à l’effet spread il a été légèrement positif ou neutre. Malgré la dégradation de l’activité économique, la prime de risque demandée a continué de se détendre légèrement (obligations de bonne qualité) ou a fait du surplace (obligations spéculatives). Tout se passe comme si le recalibrage en cours des politiques monétaires vers plus d’accommodation était estimé suffisant pour éviter la sortie de route (récession) et contenir le taux de défaut à des niveaux bas. Les investisseurs partent du principe que si les taux restent au plancher, et tant qu’on évite une récession économique, la dette des entreprises, même si elle est élevée selon les normes historiques, reste soutenable. Un reste de prudence fait tout de même que les primes de risque demandées restent supérieures à ce qu’elles étaient avant la correction du T4 2018. Au terme du premier trimestre 2019, les primes de risques demandées sur les obligations de bonne qualité ont récupéré les ¾ de la tension des spreads au T4 2018, les obligations spéculatives notées BB ont récupéré les 2/3 et les obligations B moins de la moitié.

Les obligations privées de bonne qualité de la Zone Euro suivies à travers l’indice Barclays Euro Aggregate délivrent une performance de 1,39% en mars, ce qui porte la performance trimestrielle à 3,20%. Les obligations spéculatives s’apprécient de 0,97% sur le mois et de 5,69% sur le trimestre (indice BOFA ML « constrained »).

Sur le marché primaire, les émetteurs de qualité ont été à la fête. Les entreprises bien notées telles que LVMH ou Sanofi ont émis à des taux d’intérêt négatifs, ce qui ne les a pas empêché de recevoir d’énormes marques d’attention (offre 6x sursouscrites). De même, les obligations perpétuelles de Total rapportant un coupon de 1,75% ont été absorbées instantanément par le marché. Avec les TLTRO réactivés par la BCE qui dissipent les craintes de « credit crunch », la principale banque italienne Unicrédit n’a eu aucune difficulté à placer ses obligations perpétuelles subordonnées alors qu’il y a quelques mois elle avait été obligée de passer par un placement privé.

Marché des actions

Les marchés actions mondiaux ont continué de monter en mars, quoique à un rythme plus modéré qu’en février qui lui-même était plus modéré qu’en janvier. Le MSCI Monde s’adjuge une progression de 1,3% en mars, ce qui porte la performance trimestrielle à 12%. Les pertes du 4e trimestre 2018 sont quasiment effacées. Le marché se comporte comme si l’effondrement soudain de la croissance en fin d’année dernière n’était que le fruit d’erreurs monétaires réparables ou de risques commerciaux en voie de se résorber.

Manifestement il croit en l’atterrissage en douceur de la croissance mondiale, puisque la Réserve Fédérale est en voie de réparer son erreur de jugement, que les négociations commerciales sino-américaines ont franchi une étape décisive et que le stimulus chinois commence à produire de premiers signes de stabilisation. Cette foi du charbonnier lui permet de regarder au-delà du repli des profits au T1, et du repli des marges qui s’annonce pour l’ensemble de l’année 2019.

Les investisseurs institutionnels ne partagent pas cet optimisme et semblent penser que le malaise est plus profond que cela. La tempête de fin 2018 ne serait qu’un avant-goût d’un tournant récessif qui se profile en cette fin de cycle. Selon l’indice de confiance calculé par State Street pour le mois de mars, les investisseurs institutionnels ont fortement dé-risqué leur allocation fin 2018 pour se positionner de la façon la plus défensive depuis la crise souveraine en zone euro de 2011/2012, et n’ont pas bougé d’un iota depuis.

Sur le mois, les actions américaines (SP500) sont en hausse de 1,8%, suivies de près par les actions européennes (Stoxx 600) en hausse de 1,7% et par les actions émergentes (MSCI) en hausse de 1,2%. Le marché japonais en repli de 0,8% continue de sous-performer.

Sur le trimestre, les actions européennes sont au coude à coude avec les actions américaines (+12,2% contre +13,2%) malgré les tourments liés au Brexit et les difficultés traversées par le secteur automobile allemand. Les marchés actions européens sont soulagés par les premiers bourgeons de stabilisation du marché chinois particulièrement important pour les entreprises cotées du Vieux Continent. Les actions domestiques chinoises (Shanghai) devancent largement la mêlée cette année (presque 30% de hausse) après avoir été le marché le plus vilipendé l’année dernière.

En matière de performance sectorielle, le secteur technologique tient le haut du pavé ce mois-ci tandis que les bancaires sont en queue de peloton, pénalisées par la baisse des taux d’intérêt et l’aplatissement de la courbe des taux. Le Nasdaq est en hausse de 4% sur le mois et de 16,6% sur le trimestre. La forte détente des taux longs a joué en faveur des technologiques car ce sont les titres dont la duration est la plus élevée, du fait de la visibilité supposée sur la croissance de leurs profits futurs. Les 6 mois précédents les valeurs technologiques avaient arrêté de surperformer car il s’agissait du secteur qui a subi l’érosion des marges les plus drastiques dans les prévisions. Les gérants ont d’ailleurs relégué en 4e position ce secteur parmi les préférés, alors qu’il a longtemps figuré en haut du podium.

Marché des devises

Le billet vert continue de faire preuve de fermeté aussi bien contre les autres monnaies développées que contre les monnaies émergentes.

Le tournant accommodant de la Fed et la possibilité que le prochain mouvement soit une baisse des taux directeurs américains n’est pas suffisant aux yeux des cambistes pour sanctionner le dollar. En effet, l’origine chinoise du ralentissement économique et les revendications protectionnistes américaines font que les retombées du ralentissement sont davantage ressenties en Europe, en Australie, au Canada qu’aux Etats Unis. De plus, bien qu’ils disposent de moins de marges de manœuvre monétaires, les autres pays développés semblent encore plus pressés de détendre leurs conditions que la Réserve Fédérale. 

Le Dollar Index est venu régulièrement tester les 97,50, c’est-à-dire le haut de sa bande de fluctuation depuis mi 2017.

L’Euro en repli lent mais régulier continue de s’effriter contre dollar. A 1,12 au lendemain de la réunion de la BCE du 7 mars (révision drastique de la croissance, TLRTO), l‘Euro inscrit un nouveau plus bas contre USD depuis juin 2017. La Monnaie Unique finit le mois de mars en repli de 1,3% et a perdu 2,2% depuis le début de l’année.

L’état de faiblesse relative de l’Euro se lit aussi à travers l’évolution de la Livre Sterling. Malgré l’expiration de la date butoir pour un Brexit ordonné et l’incapacité du Parlement britannique à réunir une majorité autour d’une solution, la GBP se maintient autour de ses plus hauts depuis 21 mois atteints depuis le mois de février. En raison à la fois de la faiblesse de l’Euro et de la conviction du marché que le Royaume-Uni s’achemine vers un soft Brexit, l’Euro/Sterling s’est maintenu autour de 0,8550 tout au long du mois de mars.

Après son appréciation dans la tourmente de décembre sur les marchés, le Yen a tendance à s’effriter contre Dollar depuis le début de l’année. Cela étant cette érosion est contenue (Yen en baisse de -1,2% depuis le début de l’année et en hausse +0,5% en mars) car il semble y avoir un accord officieux avec l’allié américain pour ne pas laisser dériver la devise nipponne et devenir trop compétitive.

Dans le cadre des négociations commerciales avec les Etats-Unis, qui comportent un volet officieux sur la parité des devises, le Yuan chinois continue d’être stable autour de 6,70 yuans pour un dollar. Depuis le début de l’année 2019, le Yuan chinois est en hausse de 2,4% en raison de son pilotage correctif à la hausse ayant eu cours en janvier.

En raison de difficultés spécifiques à certains pays importants, les devises émergentes ont poursuivi l’effritement contre dollar déjà observé en février. En moyenne, elles abandonnent le terrain gagné en janvier et s’inscrivent en très léger repli depuis le début de l’année. Cet effritement provient de la dépréciation du Réal Brésilien, du Peso Argentin, de la Livre Turque et du Rand sud-africain, tandis que la Roupie indienne est une des rares qui rebondit. Le Peso argentin décroche de 15% en mars, les marchés se demandant si la politique de redressement budgétaire (austérité) mené par Mauricio Macri ne risque pas de favoriser l’élection de la populiste Cristina Kirchner lors des élections présidentielles de décembre 2019. Le Réal brésilien se déprécie de 4,6% sur le mois (-1% depuis le début de l’année) en raison de l’amateurisme du gouvernement Bolsonaro qui n’engage pas avec les parlementaires brésiliens les négociations ardues indispensables pour accoucher d’une réforme des retraites. La Livre Turque se déprécie de 3,9% en mars en raison de tensions avec les Etats-Unis (achat du système antiaérien russe incompatible avec le statut de membre de l’Otan) et des incertitudes sur la poursuite d’une politique économique orthodoxe à la suite des élections municipales. Le Rand sud-africain pâtit des coupures massives d’électricité résultant d’une décennie de négligence et de corruption sous le gouvernement précédent, héritage toxique avec lequel le gouvernement Ramaphosa se débat.

Marché des Matières Premières

Pétrole

Le cours du Brent a continué de progresser en mars de 3,6% pour s’inscrire à 68,4 dollars le baril. La hausse en mars a été plus mesurée que lors des deux mois précédents mais elle suffit à faire du premier trimestre 2019 le meilleur trimestre depuis une décade (+27%).

Les grands noms du négoce pétrolier et les traders des majors pétrolières s’accordent à voir le baril fluctuer entre 60 et 70/75 dollars le baril d’ici la fin de l’année. L’offre et la demande paraissent à l’équilibre, la diminution volontaire (Arabie-Saoudite) ou involontaire (Venezuela, Iran) de la production de l’OPEP étant équilibrée par la hausse attendue de la production de pétrole de schiste américain.

Le rapport de l’IEA dévoile que le ralentissement économique mondial de 2018 n’a pas empêché la demande d’énergie de connaitre en 2018 sa plus forte progression depuis 2010. La Chine, les Etats-Unis et l’Inde (climatiseurs) ont connu de fortes hausses de la demande tandis que l’Europe est le seul continent où la demande d’énergie a reculé. Cela illustre que la demande d’énergie est corrélée davantage à la consommation des ménages (voitures, climatiseurs..) qu’à la dynamique de l’industrie manufacturière.

Matières premières industrielles

Les cours du minerai de fer, du cuivre, restent fermes et en hausse à deux chiffres depuis le début de l’année en raison de la fermeture de sites de production annoncées par les grands producteurs Rio Tinto et Vale. La baisse durable de la production résulte d’intempéries en Australie et de mesures de sécurité préventives après les catastrophes (Barrage) au Brésil.

Par Nawal Robinet et Martin Baer

Forward Focus Février 2019