Le coronavirus peut-il se propager sur les marchés financiers ?

13/02/2020 - Pôle Recherche

Le coronavirus peut-il se propager sur les marchés financiers ?

Forward Focus Janvier 2020



Après avoir clôturé l’année 2019 en trombe, les marchés ont poursuivi leur hausse en 2020, soutenus par la signature de l’accord sino-américain dit Phase 1. L’épisode du Coronavirus est venu rappeler qu’il y a des évènements qu’on ne peut pas anticiper, faisant craindre un ralentissement de la 2nd économie mondiale, mise en quarantaine

COVID-19

Au 9 février, le nombre de personnes contaminées dans le monde par le COVID-19 a dépassé le seuil des 40 000 cas et 910 individus y ont succombé (vs 8 096 cas et 774 victimes pour le SRAS en 2002-03). En dehors de la Chine, 28 pays sont touchés. Malgré un ralentissement du rythme de propagation, les conséquences à court terme sur l’économie sont difficiles à mesurer.

Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de consensus chez les épidémiologistes sur des variables-clés quant à l’extension de l’épidémie : taux de transmission, période d’incubation, mutation du virus. Entre l’apparition du virus et les premières mesures de restriction, environ 5 millions de personnes ont quitté Wuhan.

Pour le moment, le taux de mortalité atteint seulement 2% du fait que nous ne sommes qu’à la phase d’extension de l’épidémie. A titre d’exemple, au début mars 2003 le taux de mortalité du SRAS n’était que de 2%, et il n’a commencé à plafonner vers les 10% qu’en mai-juin 2003. De son côté, la grippe saisonnière a un taux de mortalité de 0.1%.

Concernant l’impact sur l’activité économique chinoise puis mondiale, un choc d’offre est à attendre dans les semaines et mois à venir. En Chine, les mesures restrictives à la production et à la circulation se sont étendues au cours des derniers jours. Il apparaît qu’au total, c’est environ 75% du PIB chinois (et environ 95 % de la production industrielle) qui a été affecté par des mesures de prolongation de congé du nouvel an. L’impact macroéconomique du COVID-19 sera plus important que celui du SRAS car la Chine représente 16% du PIB mondial en dollars (contre 4% en 2003) et 40% de la croissance mondiale. De plus, la Chine est plus intégrée dans les chaînes de valeurs qu’auparavant. Ainsi, ce sont au total 31 pays qui ont restreint les échanges avec l’Empire du Milieu. Selon certaines estimations, la croissance trimestrielle annualisée chinoise devrait descendre à 1% au 1er trimestre, ce qui amènerait la croissance mondiale à un peu moins de 2%.

ACCORD SINO-AMERICAIN

Le 15 janvier 2020, les Etats-Unis et la Chine ont entériné l’accord commercial dit de « phase 1 » conclu un mois plus tôt. La Chine s’engage sur des achats de biens et services américains d’un montant supérieur d’au moins 200 Mds de dollars sur 2 ans à celui des importations de 2017 (à l’époque les importations étaient de 152 Mds). De son côté, les Etats-Unis annulent les tarifs initialement prévus le 15 décembre et réduisent de 15% à 7,5% les tarifs mis en place en septembre sur 120 Mds dollars d’importations. Il reste actuellement 250 Mds d’importations chinoises taxées. D’autres thèmes importants sont abordés dans cet accord : la propriété intellectuelle, le transfert forcé de technologie, la manipulation de sa devise, les échanges agricoles et l’ouverture aux services financiers.

Les marchés ont été satisfaits de voir enfin un accord signé avec la Chine, néanmoins il souffre d’un grand défaut, à savoir comment s’assurer de sa bonne exécution. En effet, les procédures arbitrales sont minces, se traitant de sous-comité en comité jusqu’au niveau des vice-présidents. Si les deux parties ne s’entendent pas, la seule possibilité serait une sortie partielle ou totale de l’accord. C’est cette raison qui a poussé le Président D. Trump à maintenir les droits de douane sur 250 Mds de marchandises à 25%.

ACTIVITE ECONOMIQUE

L’économie américaine a préservé un rythme de croissance stable sur la fin d’année. Le pays a inscrit une progression de 0,5% en glissement trimestriel au T4, et de 2.3% sur l’ensemble de l’année 2019, après 2,9% en 2018.

Du côté des indicateurs d’enquête, l’activité manufacturière sort la tête de l’eau, s’inscrivant pour la première fois depuis août 2019 au-dessus des 50 points à 50.9. De son côté, l’indicateur dans les services progresse pour le 3ème mois consécutif à 55,5. La faiblesse de l’activité dans l’industrie semble se résorber en ce début d’année, cependant, l’impact du coronavirus et la forte baisse de la production dans l’aéronautique risquent de couper court à cet élan.

Sur le plan politique, le procès en destitution de Donald Trump s’est soldé, sans surprise, par l’acquittement du président ce mercredi 5 février par le Sénat.

En Zone euro, les données de croissance pour le T4 confirment un ralentissement. Les estimations préliminaires font état d’une décroissance de 0,1% sur le trimestre, ce qui porte la croissance annuelle moyenne à 1,2%. Par pays, l’activité a reculé en France (-0.1%) et en Italie (-0,3%) mais progresse en Espagne (+0,5%) et en Allemagne (estimée à 0,25%).

L’indice de confiance des consommateurs reste inchangé à -8,1 en janvier après sa baisse de décembre. Ce niveau est historiquement élevé et continue d’indiquer une orientation favorable de la consommation. L’activité manufacturière de la Zone Euro se redresse à 47.9 en janvier contre 46.3 en décembre, mais reste en zone de contraction. A contrario, l’activité des services décélère légèrement à 52.5 contre 52.8 en décembre, mais reste en zone d’expansion.

Les premières estimations du PIB français publiées par l’Insee font état d’un recul de 0,1 % au quatrième trimestre 2019. La croissance française atteint 1,2 % sur l’année, après +1,7 % en 2018. Cependant, l’honneur est sauf pour le gouvernement, puisqu’en dépit du coup de frein de l’hiver, la croissance française devrait rester légèrement supérieure à celle de la Zone Euro. En effet, la Commission européenne s’attend à une hausse du PIB de la zone de 1,1 % et Eurostat, dans une première estimation l’envisage à 1,2%. Les données publiées par l’institution montrent que toutes les composantes de l’économie sont en recul sur le quatrième trimestre mais progressent sur l’ensemble de l’année. Pour le moment, le climat des affaires reste stable en janvier indiquant un environnement conjoncturel relativement favorable malgré le fort recul de la confiance dans les ventes au détail, en lien avec les grèves.

Peu après ces publications, Bruno Le Maire a exprimé dans un communiqué sa confiance dans l’économie du pays, qu’il s’agissait avant tout d’un « ralentissement passager » et que celui-ci ne « remet donc pas en cause les fondamentaux de la croissance française qui sont solides ». Dans sa loi de finances pour 2020, le gouvernement envisage une croissance du PIB à 1,3%.

La Grande-Bretagne est sortie de l’Union Européenne ce vendredi 31 janvier. Cette sortie n’est en réalité que le commencement d’une phase de transition de 11 mois pendant laquelle Bruxelles et Londres vont devoir négocier leur relation future.

BANQUES CENTRALES : Statu quo de vigueur

La Réserve Fédérale américaine a maintenu ses taux inchangés lors de sa réunion de fin janvier, mais son président J.Powell a qualifié l’épidémie de coronavirus de « problème très sérieux », tout en indiquant que son impact sur la croissance de l’économie américaine était difficile à évaluer. L’institution a adopté un discours un peu plus prudent dans son communiqué officiel, qualifiant l’évolution des dépenses des ménages de « modérée », contre « forte » précédemment. La Fed n’a pas évoqué d’éventuelle modification de sa politique de rachats d’actifs, qui restent à 60 milliards de dollars par mois.

Les incertitudes sur l’activité mondiale liées au coronavirus sont de nature à maintenir un ton accommodant dans les prochaines semaines. C’est d’ailleurs le signal des marchés qui tablent désormais 2 baisses de taux pour l’année 2020 contre 1 le mois dernier. Ceci est à mettre en perspective avec les prévisions de décembre, qui envisageaient un statu quo en 2020.

En janvier, la réunion de politique monétaire de la BCE s’est soldée par un statu quo, sans modification majeure concernant la communication de la banque centrale. Les perspectives économiques restent celles d’une croissance continue mais modérée avec des risques qui, bien que légèrement atténués depuis l’accord sino-américain, demeurent orientés à la baisse. L’inflexion haussière de l’inflation sous-jacente observable sur les derniers mois est décrite comme conforme aux attentes.

La revue de la stratégie de politique monétaire a débuté et devrait s’achever d’ici la fin 2020. La cible d’inflation et les outils de politiques monétaires (taux, QE…) vont ainsi être analysés de manière profonde. La BCE indique vouloir travailler sur la « formulation quantitative de la stabilité des prix », autrement dit sur la mesure et le ciblage de l’inflation.

MARCHES

MARCHE DES OBLIGATIONS SOUVERAINES

Les taux longs ont nettement baissé sur le mois de janvier tant aux Etats-Unis qu’au niveau mondial. Ils reviennent sur leurs points bas de 2016 aux Etats-Unis à 1.51% de rendement pour le 10 ans. En France, les OAT de maturité 10, 15, 20 et 30 ans perdent 30 points de base, repoussant le 10 ans en territoire négatif. Des baisses de taux semblables sont visibles sur les obligations allemandes où le 30 ans est proche de 0. Ces baisses de taux viennent en partie de l’aversion au risque des investisseurs face au virus provenant de Chine mais aussi du ton accommodant de la Fed et de ses injections de liquidité.

La performance d’un panier d’obligations d’Etat américains 7-10 ans affiche une excellente progression de 3.22% sur le mois tandis que l’Euro MTS 7-10 inscrit 2.17% de hausse.

Rendement 10 ans des obligations d’Etat

MARCHE DU CRÉDIT

Le crédit européen connaît un bon début d’année, l’indice des obligations d’entreprises de qualité supérieure s’appréciant de 1.62% sur le mois de janvier. Les obligations spéculatives s’apprécient de 1.35%. Ces performances sont à mettre au crédit de la forte baisse intervenue sur les taux d’Etat, principalement sur les maturités longues. En effet, les spreads des obligations d’entreprises n’ont que très peu réagi au risque d’épidémie surtout sur la catégorie Investment Grade. De son côté, le High Yield américain a été plus touché de par son exposition au pétrole. L’indice des obligations HY US reste stable sur le mois tandis que l’indice IG s’apprécie de 2.34%.

MARCHE ACTIONS

Les deux tiers des sociétés du S&P 500 ont reporté leurs résultats et les premières conclusions sont pour le moins décevantes. Les BPA ont marginalement baissé (-0,3%) au T4 2019 et le solde net de surprises favorables est de 50%, en léger recul par rapport au T3 (en dessous de la moyenne longue). La déception vient des marges puisque le chiffre d’affaires des entreprises a progressé de 0,8% sur le trimestre. Au niveau des indices, le S&P 500 reste stable sur le mois (-0.2%) tandis que le Nasdaq progresse de 3% porté par les résultats de ses stars technologiques.

Le marché des actions européennes enregistre une baisse mensuelle de 1.2% et de 2.8% pour les actions de la Zone Euro sur fond de craintes de propagation du coronavirus. Les secteurs automobiles et des ressources de base affichent les plus fortes baisses sectorielles, respectivement -9.8% et -7.5%, suivi par le secteur de l’énergie (-7.1%) en lien avec la chute du baril (-11.9%). En revanche, le secteur des services aux collectivités poursuit sa lancée et prend la tête des classements depuis le début de l’année (+8.5%). Cette progression est à mettre en relation avec des évolutions favorables notamment réglementaires.

INDICES ACTIONS

Forward focus du mois précédent : Les marchés terminent l’année en lévitation