Les relances monétaires et budgétaires peuvent-elles sauver nos économies de la récession ?

16/03/2020 - Pôle Recherche

Les relances monétaires et budgétaires peuvent-elles sauver nos économies de la récession ?

Forward Focus Février 2020



L’impact de la désormais « pandémie » de coronavirus fait connaitre aux marchés mondiaux leur pire période depuis la grande crise financière de 2008. L’économie mondiale subit des arrêts d’activité en chaine et les usines chinoises peinent à repartir. Mi-mars, tous les indices actions mondiaux sont entrés en « bear market » (plus de -20% de baisse). S’il ne faut pas essayer d’attraper un couteau qui tombe, il est légitime de se demander quand est-ce qu’il atteindra le sol ?

Cet emballement des marchés a eu comme point d’orgue l’annonce du gouvernement italien le 22 février, de l’existence d’un foyer d’infection se développant à grande vitesse sur son territoire. Malgré l’avertissement de la Chine, mi-janvier, sur l’existence d’un début d’épidémie dans sa région de Wuhan, les marchés ont été peu impactés et sont repartis sur des nouveaux records. Ainsi, la chute a été d’autant plus brutale.

L’inconvénient de ce virus, un peu plus mortel que la grippe saisonnière, est que là où il s’installe, l’activité s’arrête. Face à cet obstacle à la croissance mondiale, qui peinait déjà à repartir, les Banques Centrales sont à la manœuvre en poursuivant et accentuant leurs politiques ultra-accommodantes. En Asie, la banque populaire de Chine a lancé les hostilités (réduction des taux directeurs, injection de liquidités …). Au total ce sont plus de 15 baisses de taux de différentes banques centrales dans le monde qui ont été recensées. La Réserve Fédérale a annoncé, la baisse de ses taux directeurs d’un demi-point, dans la fourchette de 1% à 1,25% hors rendez-vous monétaire. De son côté, la Banque Centrale Européenne n’a pas touché à ses taux mais lance un nouveau programme de prêts long terme aux banques pour que les petites et moyennes entreprises puissent survivre et soutenir la consommation. Elle a également décidé d’augmenter son programme de rachat d’actifs à 120 milliards, à utiliser d’ici la fin de l’année. Au-delà de ces annonces, les grands argentiers ont insisté sur l’importance des relances budgétaires des Etats, sans cela, les mesures monétaires prises ne pourront être efficaces.

 

ACTIVITE ECONOMIQUE : le cygne noir a frappé

L’économie mondiale subit désormais de plein fouet l’impact du COVID-19. La mise en quarantaine de la Chine a provoqué un choc d’offre déclenché par la hausse de l’absentéisme et la fermeture des usines perturbant les chaînes de production mondiales. Désormais, il existe aussi un choc de demande provenant de la contraction des dépenses de consommation nécessitant des interactions sociales. Avec l’apparition de nouveaux foyers de contamination à travers le globe, ces deux chocs impactent de plus en plus le quotidien de chacun, ce qui alimente la peur.

L’indice PMI manufacturier mondial, représentatif de l’activité économique, se replie en février, tiré violemment vers le bas par l’indice chinois qui a perdu 10 points. Le PMI des services mondial a également nettement chuté, atteignant 47,1, un plus bas de 11 ans, pénalisé lui aussi par la Chine (effondrement de 25 points). Si les autres zones ne montrent pas encore de ralentissement de leur activité à travers leur indice, la chute n’est que reportée à mars, en raison du décalage dans le temps de la contamination.

Les nouveaux foyers d’infection concernent désormais d’autres grands pays comme le Japon, l’Italie et la Corée du Sud. En y ajoutant la Chine, c’est 27% du PIB mondial qui est affecté par un choc récessif d’offre et de demande. De plus, l’épidémie continue son chemin et s’étend maintenant à la France, l’Allemagne et les USA. Déjà, plusieurs d’entre eux ont pris des mesures pour limiter la propagation du virus, telles que la fermeture des écoles et universités, l’annulation de nombreux événements publics, l’interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes, la fermeture des frontières aux pays infectés, etc… L’Italie est même allée plus loin en en décrétant la quarantaine sur l’ensemble de son territoire jusqu’au 3 avril.

Du côté des bonnes nouvelles ? En Chine, la situation sanitaire semble s’améliorer avec 9 provinces sur 31 qui ont baissé leur niveau d’urgence. Cependant, le processus de réouverture des usines a été plus lent et laborieux que prévu et la reprise de l’activité pourrait relancer des foyers épidémiques. La plupart des données à haute fréquence en Chine (congestion, transactions immobilières, production d’électricité…) indiquent un rebond de l’activité en lien avec le retour au travail.

De plus, il semblerait que la température joue un rôle limitant dans la diffusion de l’épidémie : plus la température moyenne est élevée, moins la transmission est possible ou rapide. Ceci laisse penser que l’arrivée de températures plus chaudes dans l’hémisphère nord pourrait être bénéfique à la lutte contre le virus.

BANQUES CENTRALES : L’artillerie lourde est sortie

Durant le mois de février, les autorités chinoises n’ont cessé d’user de leurs leviers monétaires et budgétaires pour soutenir l’offre et la demande affectées par le coronavirus. Parmi les mesures budgétaires fortes prises par les autorités chinoises figurent des exonérations de TVA et des baisses de prélèvements d’impôts.

Concernant le volet monétaire, la Banque Centrale de Chine n’a pas hésité à jouer sur ses taux et injecter des liquidités. Elle a par ailleurs, réduit son taux d’intérêt de facilité de prêt à moyen terme de 10 pdb à 3.15% lui permettant de prêter 200 milliards de yuans. De plus, son principal taux sur les nouveaux crédits pour les ménages et les entreprises à 1 an a été abaissé à 4.05%.

Si certains pays tentent d’atténuer l’impact économique du coronavirus en assouplissant les conditions de financement, d’autres pays soutiennent la demande en apportant des liquidités aux résidents nationaux. De cette manière, Hong Kong a décidé de verser 10 000 HK $ (1 283 $) à ses résidents permanents âgés de 18 ans ou plus. Cette mesure de versement de liquidités s’inscrit dans le cadre d’un accord de secours de 120 milliards de $ HK financé par les recettes fiscales des contribuables. Le Japon quant à lui, a dévoilé un plan de mesures s’élevant à 3.5 milliards d’euros afin de soutenir les entreprises de petites et moyennes tailles. Pour ce faire, le Japon compte puiser dans ses réserves budgétaires. Ce plan décidé par le gouvernement doit être complété par des mesures d’assouplissement prises par la Banque du Japon lors de sa réunion monétaire des 18 et 19 mars. De son côté, la Banque Centrale Australienne a abaissé son taux directeur à 0.5%. Il s’agit du niveau historique le plus bas et la quatrième réduction du taux directeur de la banque en moins d’un an.

Face à la propagation de foyers de contamination hors du continent asiatique et de l’incertitude sur la durée de l’épidémie, les banques centrales occidentales ont mis en place, à tour de rôle, des plans de relance monétaire. La Réserve Fédérale américaine (FED) est intervenue de manière inopinée, le 3 mars 2020, en abaissant ses taux à hauteur d’un demi-point, dans la fourchette de 1% à 1,25%. Elle a par ailleurs indiqué qu’elle serait prête à baisser une nouvelle fois ses taux si la situation le nécessitait. Pour éviter une crise de liquidité, la FED a annoncé une augmentation de ses injections dans le marché monétaire. Actuellement à 100 milliards de dollars par jour, le montant va être complété d’au moins 50 milliards jusqu’au 12 mars. De plus, l’accroissement ne concerne pas uniquement les prêts au jour le jour mais également les opérations à deux semaines.

Lors d’une conférence de presse, Jerome Powell, son président, a déclaré reconnaitre « que cette baisse des taux ne réduira pas le nombre d’infections, qu’elle ne réparera pas une chaîne d’approvisionnement brisée ». Il laisse ainsi la main à D. Trump pour que ces mesures monétaires soient un soutien à de la relance budgétaire.

Le 11 mars 2020, la Banque d’Angleterre a suivi les pas de ses pairs, en abaissant à son tour ses taux directeurs de 0.5% (passant de 0.75% à 0.25%). Cette contraction émanant de la Banque d’Angleterre marque la plus importante baisse des taux directeurs depuis la crise financière internationale de 2009.

La Banque Centrale Européenne a annoncé son programme le 12 mars 2020 pour aider les petites et moyennes entreprises à survivre et soutenir la consommation dans cette période de pandémie du coronavirus. La BCE a annoncé qu’elle ne modifierait pas ses taux directeurs. Un programme supplémentaire LTRO (programme de prêts long terme accordés aux banques) va être mis en place, sur la période de juin 2020 à juin 2021 afin de permettre aux banques de soutenir financièrement les PME et d’endiguer les conséquences économiques négatives. La BCE a également décidé d’augmenter son programme d’achat d’actif (Quantitative Easing) à 120 milliards à utiliser d’ici la fin de l’année. Elle a assuré qu’une partie du Quantitative Easing serait dédiée au secteur privé. Très attendues, ces mesures n’ont cependant pas permis de rassurer les marchés : le CAC 40 a ainsi réalisé un triste record historique en dépassant les -12% à la fin de séance. Cette réaction est l’expression de la déception des marchés quant aux mesures prises par la BCE, qu’ils considèrent désormais comme dans l’incapacité d’endiguer les répercussions du virus sur l’économie européenne et mondiale. Comme pour les Etats-Unis, une relance budgétaire est nécessaire pour accompagner ces mesures monétaires.

MARCHES

MARCHE DES OBLIGATIONS SOUVERAINES

Le rebond des marchés actions est intervenu en dépit du pessimisme des investisseurs comme en ont témoigné le repli des prix des matières premières et la baisse des rendements des emprunts d’État. En effet, les obligations souveraines ont commencé à baisser après l’annonce de la Chine, puis ont accentué leur glissade et de nouveaux seuils ont été enfoncés. L’obligation souveraine 10 ans américaine finit le mois avec un rendement de 1.15% tandis que les obligations allemandes et françaises de même maturité suivent la même tendance et se rapprochent de leur niveau d’août 2019. Début mars, la baisse des taux de la FED et l’anxiété grandissante des investisseurs a propulsé encore plus bas les taux souverains. Au 9 mars, les obligations d’Etat allemandes et américaines de maturité 10 ans sont sur des plus bas historiques à respectivement -0.86% et 0.54%.

En Italie, face à la difficulté qu’a le pays à endiguer l’épidémie et ses répercussions sur son économie, les taux d’Etat italiens se tendent sur l’ensemble de la courbe.


Rendement 10 ans des obligations d’Etat
Chiffres arrêtés au 09/03/2020

MARCHE DU CREDIT

Dans un rapport récent, l’OCDE alertait sur la progression de la dette obligataire des entreprises. L’institution pointait du doigt le montant pharaonique des obligations émises par les entreprises au niveau mondial qui atteint désormais les 13.500 milliards de dollars. En plus d’atteindre des niveaux inédits, ce qui préoccupe aussi l’organisme, c’est la qualité moyenne de crédit des emprunteurs qui a baissé et qui pourrait être lourde de conséquences si l’économie était amenée à se dégrader. C’est bien ce que craignait l’OCDE qui est en train de se produire avec l’arrêt mondialisé de l’économie.

Les obligations d’entreprises européennes voient leur prime de risque s’envoler sur tous les segments de notations et de maturités. L’indice représentatif du crédit Investment Grade européen de maturité 5-7 ans baisse de 0.56% depuis le début de l’année, au 9 mars. De son côté, le crédit spéculatif du vieux continent concède -5.7% à cette même date.

Aux États-Unis, le crédit de bonne qualité résiste malgré une forte hausse des spreads. La chute des rendements souverains permet à l’indice des obligations Investment Grade de targuer d’une performance annuelle de 4.9% au 9 mars. A contrario, les obligations High Yield baissent de 4.9%, pénalisées par le secteur pétrolier qui représente environ 10% des émissions.

MARCHE ACTIONS

En février, les indices actions américains battaient record sur record, impassibles face à la hausse spectaculaire du nombre de nouveaux cas en Chine. De leur côté, les indices européens retrouvaient leur niveau d’été 2007, pré crise des subprimes. Le 22 février, l’équilibre a été rompu lorsque le gouvernement italien a annoncé l’existence d’un important foyer infectieux sur son territoire. C’est à ce moment-là que les marchés ont compris que le monde risquait de basculer d’une épidémie locale à une pandémie. La chute a été d’autant plus brutale, que les vendeurs ne trouvant pas de contrepartie prête à acquérir leurs titres. Par conséquent, fin février, les marchés ont traversé leur pire semaine depuis la grande crise financière et sont entrés en phase de correction (plus de 10% de baisse) puis en phase de Krach (-20%) début mars. Les indices de volatilité des marchés actions ont touché des niveaux qu’ils n’avaient plus atteints depuis l’été 2015.

En Europe, aucun secteur n’est épargné mais nous notons une certaine résilience pour les secteurs défensifs tels que les services aux collectivités, les télécoms, la santé et la technologie. A l’opposé, les secteurs de l’énergie, du tourisme et loisir et des matériaux de base concèdent d’importantes pertes.


INDICES ACTIONS
Chiffres arrêtés au 09/03/2020

PETROLE

Lors de la dernière réunion de l’OPEP + (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole + Russie) qui s’est tenue le week-end du 7-8 mars, les membres se sont quittés sur un désaccord, marqué par les divergences entre la Russie et l’Arabie Saoudite. D’abord, la Russie a refusé de baisser sa production, puis l’Arabie Saoudite a répliqué en annonçant la mise sur le marché de barils de pétrole à prix cassé (-30%) et une forte augmentation de sa production.

Ce choc d’offre a entrainé une chute substantielle du cours du Brent, avec la plus grosse baisse quotidienne depuis 1991 à -21%. L’or noir avait déjà perdu 11.9% en janvier suite à l’annonce de la Chine de l’émergence d’un coronavirus sur son territoire. La baisse s’était accentuée en février (-13.1%) avec la mise en quarantaine de l’empire du milieu et l’apparition de nouveaux foyers infectieux dans le monde. Avec la chute de ce lundi, le pétrole a perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l’année.

Forward focus du mois précédent : Le coronavirus peut-il se propager sur les marchés financiers ?