Le déconfinement, remède à nos économies

11/05/2020 - Pôle Recherche

Le déconfinement, remède à nos économies

Forward Focus Avril 2020



Suite à l’aplatissement de la courbe du nombre de cas liés au COVID-19, certains pays ont annoncé des processus de déconfinement progressifs qui prendront effet à partir du mois de mai. Les différentes mesures adoptées ont mené à un aplatissement de la courbe permettant au système de santé de faire face. L’objectif est de relancer la machine économique tout en évitant une seconde vague épidémique.

Le déconfinement en France aura bien lieu à partir du 11 mai, mais l’Ile-de-France, toujours classée en zone rouge, sera soumise à des règles particulières. Bercy estime que 400 000 entreprises devraient rouvrir dès ce lundi.

Le monde est toujours à la recherche de la molécule miracle qui permettrait de soigner le virus ou le vaccin qui immunisera la population. La Chloroquine supposée atténuer la maladie n’a pas prouvé́ ses effets face aux tests rigoureux et a été́ rejetée par le gendarme de la santé américaine. Une molécule prometteuse de Gilead n’a pas non plus fait ses preuves. La course pour chercher un traitement est intense. Aujourd’hui, plus de 500 essais cliniques sont en cours et 70 vaccins en développement dont 3 en cours d’essai sur les humains en Chine et US.

Evolution du nombre de décès liés à l’épidémie en France – 6 Mai

ACTIVITE ECONOMIQUE

Aux États-Unis, la crise sanitaire se fait fortement ressentir dans les chiffres de l’emploi. Sur le dernier mois,20,5 millions d’emplois ont été détruits, du jamais vu dans l’histoire du pays. Le taux de chômage américain s’envole à 14,7%(4,4% en mars et 3,5% en février), un plus haut depuis la Seconde Guerre mondiale. Sans surprise, les secteurs du loisir et de l’hôtellerie sont les plus touchés. Le PIB américain s’est contracté de 4,8% au premier trimestre (en rythme annualisé) et le consensus s’attend à une chute d’environ 30% au trimestre suivant.

Le Fonds Monétaire International(FMI) a publié ses prévisions de croissance pour l’année 2020 révisées de l’impact du COVID-19. L’institution s’attend à la pire récession mondiale depuis les années trente avec un repli de 3 % du PIB global cette année dans le meilleur des cas.Le FMI a revu à la baisse ses prévisions pour les économies avancées (-6,1 %) et s’attend à un repli d’environ 1% des pays émergents. Le PIB de la France est attendu en contraction de 7,2%. De son côté, le gouvernement français a annoncé une chute au minimum de 8% du PIB sur l’année en prenant en compte la prolongation du confinement. S’il est encore difficile de donner une prévision fiable sur sa durée et son impact, les institutions sont unanimes sur le fait que la récession sera profonde.

Les indicateurs d’activité économique, PMI, font état d’une contraction de l’activité encore plus brutale qu’en mars, conséquence d’un confinement de la population sur un mois entier. Les indices composites PMI USA et Zone Euro continuent leur chute libre tandis que la Chine montre une légère reprise de son activité par rapport au mois dernier.

L’indice PMI est représentatif du dynamisme de l’activité économique d’un pays. Un indicateur supérieur à 50 indique une croissance de l’activité et un indicateur sous la barre des 50 indique une contraction. Un PMI Composite est représentatif du secteur manufacturier et tertiaire (pondéré du poids dans l’économie).

L’indice PMI est représentatif du dynamisme de l’activité économique d’un pays. Un indicateur supérieur à 50 indique une croissance de l’activité et un indicateur sous la barre des 50 indique une contraction. Un PMI Composite est représentatif du secteur manufacturier et tertiaire (pondéré du poids dans l’économie).

Pour faire face à la crise, les gouvernements des pays développés continuent de déployer des mesures budgétaires inédites aux dépens d’un endettement de plus en plus élevé : 2 200 Mds $ aux USA (5,7% du PIB), 110 Mds € en France (4,1% du PIB), 156 Mds en Allemagne (4% du PIB). Cependant, les pays européens n’arrivent pas à se mettre d’accord sur des mesures de relance communes, les pays du Nord ne souhaitant pas de transfert de budget vers les pays du Sud. Ces divergences d’intérêts entre pays membres bloquent les négociations et rappellent les épisodes de 2008 et 2011.

Les pays du Sud souhaitent des Eurobonds (emprunt émis en commun) mais les pays du Nord ne veulent rien entendre. Pour le moment, l’Europe a débloqué 540 Mds d’euros et pour la première fois la Commission Européenne a émis le souhait de contribuer à la relance de l’économie via des aides se comptant en trillions d’euros. Ce premier plan de soutien a été acté via le MES (240 Mds), la BEI (200 Mds) et la commission (100 Mds). Il est destiné à financer les allocations chômage et les garanties de crédit.

BANQUES CENTRALES

Depuis que la crise a pris une dimension planétaire, le bilan des banques centrales explose. En l’espace de 2 mois, la Réserve Fédérale américaine a vu ses encours bondir de 60% (+2,5 trillions de dollars). De son côté, la BCE a “seulement” imprimé 600 Mds € via le rachat d’obligations souveraines ou de dettes d’entreprises. Ce chiffre montre qu’il n’y a pas d’urgence à augmenter la taille du programme d’assouplissement quantitatif (QE), le rythme des achats étant en deçà de ce que la BCE doit faire.

En plus de ces injections de liquidité historiques, la particularité de ces achats est qu’ils se font sur un spectre d’actifs très large (obligations souveraines et d’entreprises, prêts hypothécaires, ABS, …). La Fed s’est même mise à acheter des obligations spéculatives (High Yield) pour réparer les marchés de crédits disloqués et la BCE a annoncé s’accorder aussi cette possibilité.

Aujourd’hui, l’institution de Francfort détient 27% de la dette publique européenne émise et cette proportion va augmenter. Ce niveau s’était stabilisé à partir de 2018 entre 25% et 26,5%, et reprend une courbe haussière. Les achats se sont concentrés sur les souverains avec une composante italienne très forte au détriment de l’Allemagne et des Pays-Bas. Ceci vient alimenter le débat sur le périmètre d’action de l’institution rouvert par la Cour constitutionnelle allemande.

MARCHES

MARCHE DES OBLIGATIONS SOUVERAINES

Les rachats massifs de la FED et l’abondance de liquidité sur le marché monétaire permettent une stabilité des rendements de l’Etat américain. Le taux 10 ans des Treasury US finit le mois à 0,64%, 3 points de base en-dessous du niveau de fin mars. L’indice composé d’obligations souveraines américaines 7-10 ans progresse de 0,7% sur le mois d’avril et de 10,9% depuis le 1er janvier.

En Europe, les taux à 10 ans sont en légère baisse sur le mois en France, Allemagne et Royaume-Uni. Dans les pays du sud, on assiste à d’importantes émissions de dettes, ce qui contribue à la hausse des rendements. L’intervention de la BCE a permis de réduire le niveau des taux d’intérêt italiens, mais les tensions restent élevées sur le marché obligataire. La question de la soutenabilité de la dette italienne à long terme inquiète, alors que son endettement devrait dépasser 150% du PIB cette année. Ces craintes se traduisent par une envolée des spreads italiens (écart entre les taux d’intérêt de l’Italie par rapport à ceux de l’Allemagne, valeur de référence en zone euro).

MARCHE DU CREDIT

Les actions des Banques Centrales ont eu pour effet une détente sur le marché du crédit, très chahuté en mars. En effet, la dispersion des taux payés par les entreprises sur le segment IG était très élevée (2 entreprises avec la même notation pouvaient avoir des différences de taux d’emprunt importantes). Début février et mars un tiers des souches cotaient avec un taux négatif, il n’y en avait plus aucune au début d’avril et seulement une toute petite proportion début mai.

L’indice des obligations Investment Grade de la Zone Euro progresse de 3,34% sur le mois, contre -6,15% en mars. De son côté le crédit High Yield de cette même région est en hausse de 6,22% en avril contre une chute de -13,6% en mars. Les performances annuelles en Zone Euro sont de -2,21% (IG) et -9,77% (HY).

MARCHE ACTIONS

Le mot rebond représente bien le mois que nous venons de vivre. En avril, le S&P 500 progresse de 12,7%, enregistrant au passage sa meilleure performance mensuelle depuis 1987. Il en est de même du Nasdaq qui s’envole de 15,4%, son meilleur mois depuis 2000. Cette reprise permet à l’indice technologique d’inscrire une performance positive depuis le début de l’année (+3,1%) et au S&P 500 de ne concéder qu’une perte de 9,9% en 2020. Jamais un krach et son rebond n’avaient été aussi rapides.

De l’autre côté de l’Atlantique, les performances sont plus modestes. Le CAC 40 progresse de 4% en avril battant de peu ses voisins italiens (3,8%) et espagnols (2%) tandis que l’Allemagne s’inscrit en forte hausse (9,3%). L’indice français reste en baisse de 23,5% sur les 4 premiers mois de l’année en deçà de l’indice européen (-18,2%).

L’Europe souffre en raison de la prévalence des banques et du pétrole, malmenés par la crise. Heureusement les secteurs de la santé et des IT résistent et permettent d’atténuer la chute.

Au niveau géographique, le marché actions du Danemark est le seul pays affichant une performance positive depuis le début de l’année (+2,6%), en lien avec sa sensibilité aux valeurs de santé.

INDICES ACTIONS

Chiffres arrêtés au 30/04/2020

PETROLE

Le 1er mai 2020 coïncide avec l’entrée en vigueur de l’accord de réduction des quotas de production de l’OPEP+ conclu quelques semaines auparavant. Cependant, cet effort est contrebalancé par la quasi-saturation des capacités de stockage dans le monde. Sur le mois d’avril, le baril de Brent progresse de 11% (-61,7% sur l’année) tandis que le WTI baisse de 8% (-69%). Hormis ce phénomène rare de divergence des performances entre les deux références en matière de baril de pétrole, un autre événement “historique” attire tout particulièrement notre attention : l’apparition de prix négatifs sur le pétrole.

Le lundi 20 avril au soir, les prix négatifs sur le cours du baril WTI laissent entendre que le monde n’avait plus besoin de pétrole. Les producteurs et détenteurs de contrats sont même prêts à payer (d’où le prix négatif) pour se débarrasser de leur production. Ce phénomène de flash crash (chute violente et rapide d’un cours de bourse) est connu des marchés financiers, mais jamais il n’avait abouti à des cotations en territoire négatif.

Nous allons vous expliquer les raisons et les conditions de marché qui ont permis une telle manifestation.

Premièrement, nous connaissons depuis plusieurs semaines une hausse historique du surplus de pétrole et par conséquent une augmentation considérable des stocks dans le monde. Ceci provient d’un ajustement trop lent de la production face à une demande qui a chuté avec le Covid-19. Avant la crise sanitaire, la production et la demande d’or noir étaient, dans les grandes lignes, d’environ 100 millions de barils par jour. Selon l’IEA (International Energy Agency), la demande de pétrole devrait chuter de 29 millions b/j en avril, de 25 millions en mai et de 16 millions en juin, en prenant chaque fois les 100 mb/j comme référence. La demande devrait donc chuter, puis se reprendre modérément avec la reprise de l’activité en sortie de confinement. Cependant, nous ne sommes pas près de retrouver les niveaux de demande d’avant crise. En effet, les activités consommatrices de pétrole vont repartir plus lentement. A titre d’exemple, le transport aérien et routier représente respectivement 9,5% et 48% de la consommation de pétrole en Europe.

L’ajustement de l’offre se fait beaucoup plus tardivement que la demande pour causes géopolitiques (Russie vs Arabie Saoudite, OPEP+ vs USA) et financières (coût financier de fermeture d’un puits) mais celle-ci est en marche. La production de l’OPEP+ va baisser de 10 mb/j sur mai et juin. La baisse de la production américaine, qui n’a été que très modérée jusque-là, devrait s’accélérer.

Cette dichotomie entre offre et demande a pour conséquence une forte hausse des stocks dans le monde. Les capacités de stockage se remplissent à grande vitesse aux quatre coins de la planète. Les supertankers en mer et les pipelines qui servent initialement à l’acheminement se sont transformés en espace de stockage. Ce qui est rare à un prix très élevé, par conséquent, le coût du stockage s’envole et a pour effet d’exercer une pression baissière sur les cours du brut. Concernant les cours, il faut noter que la chute ne s’est concentrée que sur le baril de WTI, extrait aux USA, tandis que le Brent, qui est la référence utilisée notamment par l’OPEP et dans les 2/3 des transactions mondiales, s’est maintenu à des prix positifs.

Il s’agit ici d’un phénomène “technique”. Les matières premières se traitent sur les marchés via l’achat et la vente de contrats futures avec différentes dates d’expiration.
Le contrat WTI de livraison mai arrivait à expiration le mardi 21 avril et c’est celui-ci qui a vu son prix s’effondrer. Les prix négatifs reflètent le fait que les détenteurs du contrat de mai étaient prêts à tout pour ne pas recevoir une livraison physique de pétrole le mois prochain et de devoir prendre en charge les coûts de stockage. On envisage que beaucoup d’investisseurs particuliers qui avaient investi directement sur le contrat de mai n’avaient pas rollé leurs positions (acheter l’échéance suivante avant expiration). Ils se sont retrouvés à être les derniers détenteurs de ces contrats et ont dû procéder à des ventes forcées au dernier moment.

DEVISES ET AUTRES

Chiffres arrêtés au 31/03/2020


Retrouvez l’intégralité du Forward Focus de Mars 2020